Bien que cette étude s’appuie sur des données américaines, bon nombre des renseignements sous-jacents sur les tendances en matière de santé mentale, l’introspection comportementale et le risque de mortalité sont applicables de manière générale et peuvent éclairer les perspectives de la population canadienne.
Comprendre le lien complexe entre la santé mentale et la mortalité est essentiel pour la capacité du secteur de l’assurance vie à anticiper les risques émergents et à mieux servir des populations diversifiées. L’étude du Society of Actuaries Research Institute, « Quantifying the Effects of Mental Health on U.S. Suicide and Mortality Rates » (en anglais seulement), commanditée en partie par Munich Re, É.-U. (vie), s’appuie sur une modélisation statistique avancée pour révéler comment les indicateurs de santé mentale et les facteurs socio-économiques influencent les résultats en matière de mortalité dans les collectivités américaines. En intégrant des données à l’échelle des comtés sur la dépression, les idées suicidaires et les déterminants sociaux, l’étude offre des renseignements exploitables aux assureurs et aux décideurs qui visent à améliorer l’évaluation des risques, la conception des produits et les interventions ciblées.
Dans cette foire aux questions, Murali Niverthi, directeur et actuaire chez Munich Re, É.-U. (vie), nous fait part de son point de vue sur les principales conclusions de l’étude et leurs répercussions sur l’industrie.
Pourquoi est-il essentiel que le secteur de l’assurance vie comprenne mieux les liens entre la santé mentale et la mortalité, et comment cette étude aide-t-elle à gérer les risques émergents?
La santé mentale est devenue une composante de plus en plus importante du risque démographique, car elle peut être liée, directement ou indirectement, à la fois aux résultats en matière de mortalité et aux résultats techniques en matière d’invalidité. Depuis la pandémie de COVID-19, les projecteurs sont davantage braqués sur la santé mentale. Pour les assureurs, l’augmentation des problèmes de santé mentale au sein d’une collectivité peut entraîner des changements dans les tendances en matière de réclamations, les tendances en matière de longévité et les résultats techniques relatifs aux causes de décès, en particulier pour certains groupes d’âge. Cette étude vise à quantifier le lien entre les indicateurs de santé mentale et la mortalité à l’échelle des collectivités, tout en tenant compte des différences géographiques et temporelles. L’étude fournit aux actuaires et aux décideurs une base sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour cerner les tendances émergentes, affiner les hypothèses et soutenir les initiatives de santé publique qui peuvent avoir la plus grande incidence sur l’atténuation des risques.
L’étude utilise la modélisation statistique pour analyser les données à l’échelle des comtés. Pouvez-vous expliquer comment cette approche améliore notre compréhension du risque de suicide et de mortalité par rapport aux modèles traditionnels?
L’étude reconnaît que le risque peut se regrouper géographiquement et persister au fil du temps, reflétant ainsi des conditions économiques, sociales et environnementales communes. En intégrant les relations géographiques et les tendances d’une année sur l’autre dans un seul cadre, l’étude peut produire des estimations plus solides de l’incidence de la mortalité dans les régions peu peuplées, ce qui réduit le « bruit statistique » tout en préservant les variations locales.
Du point de vue actuariel, c’est important, car cela permet de révéler des tendances persistantes qui peuvent être masquées par des approches plus simples. Un exemple qui m’a particulièrement marqué est la façon dont l’analyse a mis en lumière une région concentrée présentant un risque de suicide de base élevé dans certaines parties des États des Rocheuses et du nord des Grandes Plaines, souvent appelés la « ceinture de suicide ». Il s’agit d’un exemple de la façon dont le modèle peut dégager des tendances géographiques qui méritent une attention particulière.
Quelles ont été quelques-unes des conclusions les plus importantes concernant l’incidence des indicateurs de santé mentale, comme la dépression grave et les idées suicidaires, sur les taux de mortalité par suicide et toutes causes confondues pour différents groupes d’âge et régions?
Dans l’ensemble, l’étude révèle que les comtés où le fardeau en matière de santé mentale est plus lourd ont aussi tendance à afficher des taux de suicide et de mortalité globale plus élevés, même après avoir tenu compte des tendances géographiques et temporelles. Ces associations ont été les plus marquées dans les groupes d’âges plus jeunes, où les changements dans les signaux de santé mentale semblent suivre plus fortement les résultats négatifs en matière de mortalité que pour les groupes plus âgés. Pour plusieurs groupes d’âge, les taux de suicide ont augmenté au cours de la période d’étude de 2000 à 2023, bien qu’il y ait eu une diminution en 2020 lorsque la pandémie de COVID-19 a commencé. Les résultats soulignent également l’importance du lieu : les comtés voisins présentent souvent des profils de risque similaires, ce qui souligne le rôle du contexte local.
Quels facteurs interagissent avec la santé mentale pour influencer les résultats en matière de suicide?
L’étude montre également que les résultats en matière de suicide ne s’expliquent pas par un seul facteur. Ils reflètent plutôt un fardeau en matière de santé mentale et des problèmes de santé dans la collectivité. Plusieurs caractéristiques à l’échelle des comtés, y compris les mesures liées à l’éducation, à la valeur du logement, aux habitudes conjugales et à la composition raciale, montrent une association significative avec le risque de suicide, et ces relations peuvent varier considérablement selon l’âge et le sexe. Il est important de garder à l’esprit, au moment d’interpréter les résultats de l’étude, que les associations décrites sont au niveau des comtés, de l’âge et du sexe, et non au niveau individuel.
Une tendance particulièrement notable concerne l’éducation : un niveau de scolarité plus élevé à l’échelle du comté correspond généralement à des taux de suicide moins élevés chez les hommes, tandis que chez les femmes, la relation est moins uniforme et peut changer de direction plus tard dans la vie. Il s’agit d’une distinction importante, car de nombreux autres indicateurs montrent des effets directionnels plus semblables selon le sexe.
D’après les résultats de l’étude, comment l’intégration des données de surveillance de la santé mentale dans les modèles actuariels peut-elle aider les assureurs à mieux cerner les risques émergents et à soutenir des interventions ciblées pour les populations vulnérables?
L’intégration des indicateurs de surveillance de la santé mentale peut renforcer la modélisation actuarielle en améliorant le pouvoir d’explication et aider à repérer plus rapidement les conditions changeantes, en particulier parmi les populations à risque et dans les régions où des groupes à risque persistent. Comme ces mesures à l’échelle des collectivités sont associées au suicide et à la mortalité toutes causes confondues, elles peuvent compléter les variables démographiques et économiques traditionnelles utilisées dans l’analyse des résultats techniques en matière de mortalité. Au-delà de la modélisation, l’utilisation responsable de ces signaux peut orienter les initiatives axées sur l’atténuation des risques, comme les programmes de mieux-être, et contribuer à la prise de décisions sur les interventions efficaces qui sont davantage fondées sur les données.
Lire le rapport en entier ici (en anglais seulement)